Baume-les-Dames

9 Mars 2007

Mon sac est prêt, je ne sais pas encore vraiment à quoi m'attendre. J'attends Phil qui doit venir me chercher accompagné de Lio.

Ce sera ma Première dans de vraies falaises, avec de véritables parois, de vraies roches, dans la nature.
Le WE se déroule à Baume-les-Dames, dans le Jura (Franche-Comté), avec une bande de gais lurons: Caro la pétillante, Lio le botaniste, Flo le tendre et Phil mon maître initiatique.
Nous avons RDV à Nancy chez des amis de Flo.

Après quelques heures de route, la bonne humeur et la motivation sont au top. Caro aux platines, Lio en voix principale et Flo en seconde voix… J'observe et m'imprègne de cette ambiance de groupe, de ce flux d'énergies positives.

Nous débarquons chez Flo et Jean, un couple adorable, "hippies spirit" qui vivent pleinement et sans aucun stress les joies de ce monde moderne. Leur maison est magnifique, encore en rénovations, mais emplie de chaleur humaine et d'énergies positives. Bébé Félicie dort au 1er étage.
Nous dégustons quelques bières Belges, épluchons les légumes pour une délicieuse "potée" et profitons pleinement de cette petite escale au paradis. Flo et Jean nous accompagneront pour ce week-end de grimpette.

Le lendemain matin, les yeux remplis de rêves, je m'éveille dans les bras accueillants, protecteurs et encore tout chauds de mon Philou...

Petit déj'... Bonnes baguettes françaises, croustillantes à souhait, la baie vitrée s'ouvre... Nous sommes assis dans la cuisine, les pieds dans le jardin. Grand soleil, une petit brise printanière vient nous réveiller en douceur, caressant délicatment nos nuques encore engourdies de la nuit… Encore un moment de plénitude.

En route! Les esprits s'éveillent, les yeux s'ouvrent, la curiosité et l'impatience commencent à se manifester. Encore un peu de route et nous arrivons à Baume-les-Dames après avoir traversé quelques villages aux noms assez atypiques (dont notre favori: "Villersexel").

Nous progressons sur des chemins de plus en plus petits et de moins en moins asphaltés. Nous longeons le Doubs, large rivière au courant rapide. Une petite barque en bois se repose sur la berge. Quelques roseaux tendus droit vers le ciel se dressent fièrement.

La nature et belle, calme, sereine.
L'arrivée aux pieds des falaises est un instant magique. Le temps s'arrête…

Je me demande bien comment un être humain peut grimper le long de parois aussi verticales…
C'est magnifique, ces roches blanches et grises qui dépassent la cîme des arbres, cette rivière verte dont le courant reflète les falaises, ces cris et croassements d'oiseaux, cet air pur..

Et personne à l'horizon.

Nous sommes seuls dans la quintessence de la nature.

Le Secteur Quint nous séduit. Phil et Lio connaissent déjà le site et se remémorent quelques souvenirs, redécouvrent des voies qu'ils ont déjà grimpées, se souviennent des difficultés et des plaisirs de chacune…

Nous avons les yeux qui pétillent et des sourires qui ne quittent plus nos visages. Le soleil brille. Le week-end s'annonce sublime.

Changement de tenue… Nous quittons nos costumes de ville et enfilons nos tenues de grimpe… nous quittons nos structures mentales citadines et entrons dans une ouverture subtile de l'esprit à la liberation totale.

*** La falaise du Quint ***

Pour commencer, Philou me prépare une 5b. C'est mon niveau maximal en salle.. Je ne suis pas vraiment certaine d'y arriver, mais j'ai la niaque et je compte bien me donner à 100% pour tenter d'enchaîner.

Une belle lutte contre la gravité et contre mes appréhensions…

La grimpe en falaise s'avère très différente de l'escalade en salle. Non seulement, la technique n'est pas la même puisque les prises ne sont pas prédéterminées, mais en plus, les sensations sont bien plus instenses, plus pures, plus vraies.
Le contact avec la roche est agréable et irrégulier. C'est une découverte continue. A chaque fois que la main se dépose sur la roche, c'est une nouvelle sensation. Plus froid, plus lisse, plus poreux, arrondi, plat, coupant, sec. Le sens du toucher devient une boussole pour le grimpeur et un révélateur de plaisir.

J'enchaîne, sans trop de difficultés physiques. Les seuls obstacles rencontrés sont liés à la méconnaissance du terrain, au doute, à ce premier contact particulier et tout à fait inhabituel avec la falaise, à l'inconnu… Petit à petit je progresse, je découvre, je me délecte de toutes ces sensations nouvelles. Je me surprends, je suis fière, je me sens en confiance…Je peux le faire…

J'attaque ensuite une 5b+, toujours en second, grâce à Phil, patient, attentionné et généreux, un guide sans nul pareil, qui croit en moi, qui m'insuffle une énergie hors du commun, qui me motive d'un simple sourir.

Un début un peu raide et quelques passages difficiles ne me découragent absolument pas, je veux aller jusqu'au bout, je veux y arriver, je cherche des prises stables, je pousse sur mes pieds, j'aime tellement la sensation d'aller à l'encontre de la gravité. J'ai le sentiment de vivre des moments exceptionnels.

Et enfin la plus belle, une grande fissure de niveau 5c.

Les sensations de la grimpe dans les fissures sont les plus agréables que j'ai pu ressentir.
Dans ce style particulier de grimpe, le corps tout entier s'engage, il ondule comme un serpent pour se faufiler entre les roches. Il faut parfois glisser ses doigts dans les fentes étroites et confinées de la roche. S'aggripper et lancer le bas de son corps plus haut. Quelle splendide sensation que de se mouvoir dans d'étroites cavités rocheuses.

Cette première journée était grandiose, envoûtante, magique, pleine d'émotions et de sensations..

Il est temps d'installer le campement, et, après un ravitallement obligatoire, nous décidons de nous installer au pied de la falaise, à l'abri d'une haute cavité calcaire. Ce soir nous dormirons à la belle étoile.

Il fait nuit noire et le "clan", détendu et serein après cette magnifique journée, se retrouve autour d'un feu de bois.
Au dessus de nos têtes, un ciel immense rempli d'éclats de diamants brillant de toute leur puissance. Derrière nous, nos ombres sur l'immense mur de la falaise rendu orangé par la lumière du feu, éveillent en nous des sensations mystiques.

Un moment magique et instense, au son envoûtant de la grande flûte indienne de Jean qui joue des mélodies douces évocant des contrées lointaines.

Une nuit fraîche, reposante, profonde où nos corps allongés sur les pierres se laissent bercer par le doux murmure de la rivière qui continue sa chevauchée aquatique quelques mètres plus bas.
Quelques oiseaux nocturnes ululent doucement comme pour caresser la nuit de leurs ailes.
La lune veille sur nous de loin et le feu s'éteint lentement, laissant s'échapper quelques légères fumées parfumées, rassurantes...

1 commentaire:

Chris a dit…

Quel lyrisme, je vois que tu t'es bien intégrée!!

Super travail de rédaction : on se laisse porter au gré des lignes dans
ton univers et on perçoit ton émerveillement...

Au plaisir du prochain w-e,

Flo & caro